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17/01/2021

Un entretien alphabétique avec NLF 3

Avec un pareil titre ABCDEFG HI !  je ne pouvais proposer qu’un entretien sous forme d’abécédaire à NLF3 pour la sortie de leur nouvel album.

A_ AUDIOPHILIE, je trouve que ce nouvel album a un son vraiment très travaillé que ce soit dans le timbre des instruments, le placement stéréo, la clarté du mix, la profondeur immersive qui en ressort notamment à l’écoute au casque, racontez-nous comment vous l’avez enregistré et produit.

Nous aimons varier nos façons de travailler pour chaque album. Depuis le début on considère que NLF3 est un projet où on doit essayer des choses, un laboratoire pour construire ensemble et à chaque fois d’une manière différente. L’album d’avant avait été enregistré en 3 jours à la campagne tous ensemble dans une pièce en bois avec peu d’idées préparées en amont. Ce nouvel album ‘ABCDEFG HI !’ a lui été fait à distance en s’envoyant des fichiers, en Septembre 2019, avant le confinement donc. On pourrait se dire que c’était presque divinatoire par rapport à ce qu’on vit en 2020-2021 et cette crise sanitaire actuelle... On voulait voir ce que ce principe de composition en réaction aux idées des autres donnerait. Et on y retrouve aussi notre complicité. Peut-être que cette façon de faire a amené une distance immédiate à chacun au moment de poser les idées qui lui venaient sur chaque morceau. Chacun a enregistré ses pistes chez lui, très spontanément, au rythme d’un morceau par jour puis on a mixé ensemble quelques semaines après. Les bases étaient en général une guitare et une boite à rythme de Nicolas, puis venaient une ou deux basses de Fabrice, puis Mitch rajoutait batterie ou percussions. Nicolas finissait en ajoutant parfois un petit Casio, une autre guitare ou une voix. On s’est concentré sur le fait de proposer des lignes claires et distinctes qui auraient leur ‘voix’ à elles, bien lisibles, solides et détachées. Nicolas a en général, au départ, déjà travaillé sur une certaine épure et spacialisation. Sur l’ensemble, on a gardé la longueur des parties ambiantes/drones et certainement voulu un équilibre entre puissance, calme, complexité, simplicité et espace.

B_BANDCAMP, l’album et les autres productions de Prohibited Records y sont disponibles, cette plateforme est bien pratique c’est vrai pour les acheteurs et de votre côté de label, qu’en pensez-vous ? Pas trop hégémonique ? Les pours et les contres.

Bandcamp est bien pratique. C’est une interface rapide et fiable. Qui permet d’écouter, voir les objets et acheter tous les formats en quelques clics. Facile à gérer pour les labels ou les artistes. On a vécu, depuis les débuts de Prohibited Records, en 1995, une certaine évolution des possibilités de vente de nos disques en direct au public. Depuis le bulletin de VPC découpable dans les fanzines joint à un chèque le tout reçu par la poste, en passant par le plus classique site internet. Bandcamp est un système qui est efficace et bien pensé; il n’offre effectivement pas trop de place à une alternative ou un autre opérateur… C’est en soi un outil complet qui donne un accès à ce qu’il faut à chacun.

Une chose n’a cependant pas changé : c’est le facteur humain. Le fait de recevoir des commandes, faire des paquets puis envoyer les disques par la poste ou même passer un disque à un rendez-vous au coin de la rue. Outre la production, la fabrication c’est le job d’un label aussi. Par contre, le tarif des timbres a plus que doublé...

C_CASSETTE, vous êtes un peu archivistes ? Vous gardez des traces de vos anciens concerts, de vos répétions, de vos anciennes maquettes ? Vous avez des vieux documents de la périodes Prohibition avant les enregistrements d’albums par exemple ?

(J’ai fouillé dans mes vieux cartons récemment j’ai retrouvé quelques démos de groupes d’époques reçues à la radio vers 93/94 mais rien de vous…)

Oui on archive bien sûr. Répets, demos, concerts. D’ailleurs, en 2015 nous avons fouillé les cartons pour les 20 ans de Prohibited Records et remis la main sur beaucoup de choses. Il y avait tout un tas de supports différents : cassettes, VHS, DV, bandes 2 pouces ou ½ et ¼ de pouces, Minidiscs, CDr, multipistes Roland, disques durs SCSI puis firewire. En général, on a conservé les appareils qui lisent ces sources et c’est assez beau de voir que tout ces supports témoignent directement de 30 ans de musique et de pratique d’enregistrement et de conservation (Prohibition ayant commencé en 1989/90).

Nos dernières ‘démos’ cassettes de Prohibition datent de 92 je crois. Nous avons ensuite sorti des albums de 93 à 98 (en CD et LP). C’est peut-être la raison pour laquelle tu n’as rien trouvé de nous car pourtant nous habitions à 200 mètres de Radio Aligre, à deux pas de la rue de Chaligny et on passait y déposer nos nouveautés à chaque fois. On y avait d’ailleurs fait une session live improvisée enregistrée/diffusée en direct.

En parlant de cassettes, justement l’idée pour les 20 ans du label a été de faire et sortir deux mixtapes : ‘Rarities’ et ‘Curiosities’ (si tu ne les connais pas ?). Elles sont issues de ce travail d’archivage et de tri récent. Le format cassette permet cet exercice de ‘mixtape’ (sans pause entre les morceaux) et d’accéder à une certaine durée (environ 50/60 minutes), tout en restant très abordable. On y retrouve tous les artistes qui ont sorti des disques sur le label. Dont NLF3, Prohibition et nos projets solos bien sûr.

D_DISQUAIRES / DISTRIBUTION Suite de la question Bandcamp… en tant que label, quelle est la situation de la distribution et des disquaires en France (et ailleurs) ?

(On entend sans cesse parler « du retour du vinyle » mais bon ça me semble tellement marginal…)

Nous avons toujours eu aussi une distribution en magasin assurée par un distributeur (depuis 2014 c’est L’Autre Distribution) pour que nos disques soient chez les disquaires et autres. Nous n’avons jamais vraiment arrêté de fabriquer du vinyle, mais le fait que tout le monde s’y remette depuis quelques années allonge les délais de fabrication surtout pour les petits labels qui ne pressent que de petites quantités. Le vinyle est bien sûr important mais en fait on aime tous les supports. Le CD garde son charme et sa compacité, sa rapidité de fabrication est encore un atout. La cassette aussi est un bel objet.

E_EXPERIMENTAL c’est un mot un peu galvaudé mais ce que j’aime chez vous c’est que vous êtes inclassables, pas facile de décrire vos morceaux, vous n’utilisez pas une grammaire de clichés musicaux, vous avez une sorte de ligne de conduite pour rester toujours surprenants ?

C’est touchant et plaisant que tu nous dises cela. On ne s’interdit rien. On écoute nos envies. Le principe de base en 2000 était de faire un groupe à l’esthétique non figée et qui serait libre et totalement spontané, sans que ce soit de l’impro pure. Aucune expérience, envie, ou instrumentation ne sont bannies. Nous traçons notre route et entretenons une complicité autour du son, des esthétiques qui peuvent se mélanger et que nous aimons tous les 3 pour créer notre propre musique instrumentale.

Nous ne nous lassons pas. Travailler sur nos ciné-concerts ou d’autres créations/commandes a toujours été l’occasion d’essayer des choses et c’est rafraichissant car ça faisait aussi sortir du milieu purement musical.

F_FRANCE Depuis tant d’années que vous tournez je pense que vous avez forcement des lieux / assos amis à travers les régions qui font partis de ces piliers qui font vivre la scène des musiques qu’on aime, vous voulez en citer quelques-uns?

Oui il y a toujours eu en France, en Angleterre et ailleurs, des organisateurs et assos fidèles qui nous ont suivi, soutenu et fait jouer. Teriaki au Mans, Sabotage à Dijon, Ah bon à Lille, Melting Pop à Limoges sont encore là. Les Instants Chavirés ont organisé encore il y a peu une soirée ‘Ouvré’ (l’autre petit label de Fabrice tout fait main). Musiques Volantes était un super collectif de programmateurs, Soy aussi, mais ils ont arrêté l’an passé. D’autres projets se construisent en général car c’est une génération pour laquelle la musique est importante. Les amis de Sonic Protest sont aussi un bel exemple d’aventure au long terme (et pourtant nous n’y avons jamais joué). Depuis quelques années beaucoup de salles labellisées SMAC ont ouvert, et tiennent ce rôle de proposition/diffusion des musiques maintenant. Nicolas l’année dernière a pourtant fait une tournée solo dans des petits lieux plus intimistes. NLF3 aussi aime ce genre d’expérience et de format, plus proche de la performance, où on joue au milieu d’un salle sans sono, au milieu du public, dans un esprit plus brut et direct.

G_GROUPE Comment ça fonctionne un groupe en 2020 ? Vous vous voyez souvent pour composer ?  En Impros ? Seulement avant les albums ? à Distance ? Chacun dans son coin ?

Le groupe fonctionne toujours pareil : on varie les plaisirs. Concerts, enregistrements, créations. On répète assez peu. Mais on aime se retrouver pour discuter de nos envies autour d’un bon repas, ou d’un week-end au vert. On se met d’accord sur des projets, sur ce qu’on veut faire ensemble. Les années font qu’il n’y a pas trop de prise de tête. Pas d’égo. Et puis chacun a un projet solo qui lui permet d’exprimer d’autres choses. Cela crée surement un équilibre bénéfique. Par ailleurs, étant autonomes en ayant notre propre label cela simplifie beaucoup de choses. Cela garantit notre longévité et notre liberté en quelque sorte. Le fait qu’on sache et puisse s’enregistrer nous-mêmes depuis le début de NLF3 aussi.

H_ Bon, je ne trouve rien à la lettre H alors question libre, si vous voulez aborder quelque chose de particulier sur l’album, le label, vos projets en groupe ou en solo…

H est une jolie lettre, un petit morceau d’ecHelle. H comme Humanité ou comme Hopi, peuple Amérindien du Sud Ouest des Etats-Unis que nous avons rencontré lors de voyages dans cette région quand nous étions plus jeunes et dont la culture est devenue importante pour nous dans ce qu’elle raconte de l’Humanité justement : de ses croyances, de ses cultures, de ses différences.

Sinon, là, en claquant des doigts, pourquoi pas aller faire une balade à Hokkaido au Nord du Japon voir le pays des Aïnus.

I_INSTRUMENTS Parlez-moi de votre rapport aux instruments, Fabrice à la basse, Nicolas à la guitare, Mitch à la batterie, comment vous partagez-vous le reste, claviers, électronique, production…

C’est assez différent à chaque disque. En général, chacun a un panel d’instruments, en joue et les choses sont très spontanées, rapides. En gros, Fabrice peut jouer de la basse, kalimba, claviers, électronique et percussions. Nicolas, des guitares, claviers et électronique. Mitch batterie et percussions. Mais rien n’est systématique. On fait avec les envies communes. Nicolas aime produire et travailler certains effets. En général on mixe ensemble, Fabrice étant aussi ingénieur son. Pour certains disques on s’était amusés à re-triturer des sons en direct dans des pédales ou repasser des pistes dans des amplis.

Pour finir on repasse au nom du groupe :

N_ NICOLAS > 3 albums qui t’ont marqué et influencé dans ta vie de musicien ?

Miles Davis - Bitches Brew

Sonic Youth - Sister

Fred Frith - Step across the border

L_ MITCH (on triche avec l’alphabet) > 3 albums qui t’ont marqué et influencé dans ta vie de musicien ?

The Velvet Underground - White light/white heat

Public Image Limited - Metal box

Talk Talk - Laughing stock 

F_ FABRICE > 3 albums qui t’ont marqué et influencé dans ta vie de musicien ?

Alice Coltrane - Journey in Satchidananda

Fazil Say - Stravinsky Le Sacre du Printemps

Dälek - From Filthy Tongue of Gods and Griots

 … il y en a tant d’autres…

3_ 1 album qui vous met tous les 3 d’accord quand vous l’écoutez sur la route en tournée ?

Haha UN album … ce n’est pas possible… Sur la route , ça peut être un disque de Coltrane, Fela Kuti, la collection Ethiopiques, des musiques traditionnelles, Steve Reich, Terry Riley, Gil Scott Heron, Scott Walker, Eliane Radigue, Pierre Henry ou Parmegiani, Boards of Canada, Skip James, Moondog, The Cure, Prince, Mark Hollis, Aphex Twin ou bien d’autres … ça ne manque pas … ça change suivant les trajets, les envies, probablement en fonction de là où on a joué la veille ou de la lumière ou des paysages qui défilent à travers le pare-brise. L’unique album qu’on écouterait sans arrêt n’existe sûrement pas. Souvent on profite de ces trajets aussi pour parler de nos points de vue et échanger sur les choses.

 

https://nlf3.bandcamp.com/album/abcdefg-hi

NLF 3.jpg

 

 

16:56 Publié dans Entretiens | Commentaires (0)

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